ARCHITECTURE ET LUMIERE
Franche, crue, modelée, tamisée, la lumière est indissociable de l’architecture. Elle définit chaque espace dans son rapport avec l’extérieur, depuis sa source, par l’ouverture qui la laisse filtrer. Elle met en scène volumes et modénatures, et joue avec les matériaux utilisés : elle s’accroche au béton ou à la pierre, se reflète sur le verre…
Les premiers à utiliser la lumière en architecture sont les Égyptiens. Leurs pyramides étaient dirigées vers le ciel pour se rapprocher du divin mais aussi pour puiser le maximum de lumière dans leur architecture et ainsi créer un puits de lumière.
L’expérience de la lumière avec James Turrell
J’ai découvert James Turrell lorsque j’étudiais aux Beaux-Arts, alors que je me documentais sur les artistes travaillant spécifiquement sur la lumière en tant que matériau.
La lumière a été un sujet d’étude. La lumière du ciel me fascine autant qu’elle me nourrit par ses variations, ses intensités.
La puissance de l’expérience de Turrell me bouleverse d’autant qu’elle est totalement universelle. Elle s’apparente à la lumière des rêves.
James Turrell travaille sur la perception de la lumière, comme une expérience mystique.
“La lumière m’intéresse en fait comme la révélation même”
Ses monochromes lumineux ne sont pas des tableaux.
Il nous met en présence de la lumière, il s’agit d’une démarche initiatique et non pas d’un art de la représentation ou du discours.
Cette nouvelle perception de la lumière, s’inscrit dans la continuité d’Yves Klein, de ses monochromes qui ne sont pas des peintures mais des surfaces de pure sensibilité. Yves Klein a donné à cette nouvelle approche une dimension spirituelle.
Ses œuvres matérialisent, rendent perceptibles la lumière et l’espace pour construire une rencontre entre le corps et l’esprit. La lumière affecte le corps mais aussi le cerveau et l’âme. Cette expérience est celle de la méditation.
“L’expérience mystique est une réalité physique pour chacun d’entre nous”.
L’expérience de la lumière avec James Turrell

Les œuvres de Turrell sont des invitations à une redéfinition de nos perceptions vers plus de tactilité. L’objectif n’est pas purement visuel, il est surtout mental et tactile.
Le corps et l’esprit sont immergés, imprégnés dans la lumière même. Ses œuvres nous plongent dans un espace immersif.
La démarche est une invitation à une spiritualité tangible, que chacun peut vivre, expérimenter.

La lumière hypnotise et affecte corps et âme.
Le spectateur fait malgré lui l’expérience de la méditation.
La couleur enveloppe, elle donne une qualité à l’ambiance du lieu.
Elle génère une émotion, une sensation.

L’installation fait partie d’une série intitulée « Skyspaces » et se compose de chambres lumineuses autonomes qui constituent une expérience artistique immersive. Chaque « Skyspace » est une chambre dotée d’une ouverture au plafond, qui s’ouvre vers le ciel.
Les installations « Skyspace » défient la perception et l’expérience de la lumière du spectateur, en faisant converger ciel et terre.
L’ARCHITECTURE ORGANIQUE ET LE PAYSAGE
Maison sur la cascade
La Maison sur la cascade est une célèbre maison de style Prairie School–moderne–organique construite entre 1935 et 1939, par l’architecte américain Frank Lloyd Wright. Elle est construite sur une chute d’eau de 9 m du monts Allegheny de la municipalité de Stewart, en Pennsylvanie, au sud de l’État de New York aux États-Unis.
Wright développe son style, s’inspirant de formes géométriques, comme le cercle, le carré, le triangle, le rectangle ou l’hexagone.
Il varie l’utilisation des matériaux, préférablement locaux, les méthodes de construction, les couleurs et les textures. Il affirme son souci de concevoir ses maisons en fonction du site où elles sont construites. Il joue avec les éléments naturels du paysage, l’eau, les rochers, les arbres, la végétation, les reliefs, allant souvent jusqu’à incorporer l’aménagement paysager dans les plans.
« En faisant de la nature le thème sous-jacent de toute sa création, il se distinguait des chefs de file de l’architecture moderne qui s’efforçaient d’élaborer une architecture représentative de l’ère de l’industrie et de la machine. »

L’exemple le plus notoire de cette approche est celui de la Maison sur la cascade (Fallingwater house) qu’il conçoit en 1935 à l’âge de soixante-huit ans.
Construite directement sur le rocher, la maison offre une superposition de balcons en porte-à-faux surplombant la rivière attenante. Les angles sont arrondis pour mieux refléter les formes naturelles environnantes. Un escalier mène à une petite plateforme directement au-dessus de la rivière.
Cet authentique chef-d’œuvre attire l’attention sur Wright, lui vaut à nouveau l’intérêt des milieux de l’architecture.
Nombreux sont ceux qui ont considéré la Fallingwater house comme l’un des exemples les plus représentatifs de l’architecture organique où l’homme et la nature sont étroitement liés.
Dans cette œuvre architecturale, Frank Lloyd Wright a été précurseur en utilisant le liège comme revêtement décoratif et technique pour le sol et le mur. Dans les pièces d’eau de la chambre du propriétaire, comme dans celles des invités, le liège parcourt le sol et les murs et donne à l’ensemble une impression à la fois feutrée et terreuse.
Wright était un architecte de l’harmonie.
ARCHITECTURE ET ECOLOGIE
Maison écologique préfabriquée P.A.T.H.
Les maisons P.A.T.H. sont qualifiées à énergie positive et se distinguent par leur design lumineux et intemporel signé Philippe Starck.
Chaque maison est proposée en trois types de structures (enveloppe extérieure tout en verre, combinaison de murs en bois et de surfaces de verre, ou structure entièrement faite de bois)

Les maisons P.A.T.H. incarnent la deuxième génération de l’habitat à énergie positive. Elles sont construites selon les méthodes de préfabrication industrielles les plus abouties et proposent des solutions technologiques de pointe qui permettent de réduire considérablement les dépenses d’énergie de leurs propriétaires.

« P.A.T.H. est une solution fiable et intelligente pour nous, nos enfants et les enfants de nos enfants face aux enjeux économiques, écologiques et énergétiques »
LES RIM - pour expérimenter l'espace urbain - et le confronter à l'espace privé -
Qu’est ce que c’est ?
Les RIM – Rencontres Inter-Mondiales des nouvelles manières de faire en architecture(s) et urbanisme(s)
C’est un moment de réflexion, sociale et politique, que j’ai souhaité m’offrir, un souhait de croiser des domaines, des mondes et d’observer ce qui se joue, ce qui nous unit ou, au contraire, ce qui cloisonne nos mondes.
J’ai ainsi participé à cette 3è édition: RIM#3 en septembre 2021, qui avait pour thème l’ambiance. Le programme était séduisant.
C’est dans une volonté de cultiver des espaces communs que sont nées en 2017 les premières Rencontres Inter-Mondiales des nouvelles manières de faire en architecture(s) à Rennes en réunissant une centaine de participants, architectes, paysagistes, artistes, passeurs culturels, maîtres d’ouvrage, élus, juristes…
Deux jours, tous les deux ans, pendant lesquels les différents mondes qui agissent et fabriquent dans l’espace public (l’urbanisme, les arts dans l’espace public, le paysage, l’architecture, le design,…) mettent en partage et au travail leurs questionnements avec des visions et enjeux parfois très différents. Deux éditions ont déjà eu lieu en 2017 et 2019.
Une initiative dans le cadre du SEA (Site d’Exploration en Architecture(s)).
Le SEA a été créé pour concrétiser ces réflexions autour des nouvelles manières de faire et proposer des gestes du XXIè siècle. Il joue avec les multiples opportunités du Domaine de Tizé pour faire évoluer les lieux et offrir des espaces d’explorations et d’expérimentation pour l’architecture, le paysage, l’urbanisme, le design, l’aménagement, etc… Dans une démarche d’urbanisme culturel, le SEA est aussi impulseur d’événements artistiques festifs et réflexifs pour ouvrir ses questionnements au plus grand nombre sur le territoire eu aux différents mondes de la fabrique urbaine.
Comment faire des ambiances inspirantes et encapacitantes ?
Pascal Lebrun-Cordier, directeur artistique de l’agence VERTIGO IN VIVO et coordinateur du réseau VILLES IN VIVO et directeur du Master2 professionnel Projets Culturels dans l’Espace Publique à l’École des arts / Université Paris1 Panthéon-Sorbonne, est l’un des intervenants.
Il rappelle le lien entre la notion d’ambiance et l’urbanisme situationniste. Nous cherchons à construire des situations pour contribuer à des villes plus vivables (enjeu écologique), plus vivantes (animées et politiques qui voient s’exprimer une diversité), vivifiantes (qui nous aident à nous sentir vivants, à grandir dans la ville), et vibrantes (qualité supérieure de l’espace).
Une ambiance est dite encapacitante car susceptible d’augmenter le pouvoir d’agir des personnes, de favoriser une citoyenneté active et créative.
Selon Guy Debord, “l’ambiance est ce qui nous comble et nous détermine”.
Selon Geoffroy de Lagasnerie, “un espace empuissant conforte les personnes dans leurs singularités, favorise le droit à la ville, permet que chacun prenne place, et permet de sortir de notre impuissance politique“.
Alors des enclaves inclusives, des tiers-lieux, oui, ce sont certes de bonnes idées.
Cependant, au delà de tous les discours intéressants que j’ai pu entendre durant ces RIM#3, il y a une chose essentielle, de laquelle toute action découle, qui est l’essence même de l’empuissancement. Pourtant c’est de dont on a le moins parlé. Ce lien, ce chainon-manquant, est la place de la nature elle-même.
Contribuer à rendre les villes plus vivables face aux enjeux climatiques de demain me semble évidemment le point de référence.
Je rejoins ici totalement Pascal Lebrun-Cordier. C’est précisément cet effort indispensable de re-végétaliser la ville qui comblera et sortira les citadins de leur stupeur et de leur mal-être.
C’est le manque de lien avec la nature, avec le vivant, la base des maux de notre sociéte aujourd’hui. La NATURE MANQUE et l’urbanisation galopante, sans elle, est purement annihilante, désensibilisante et destructrice. Les tentatives actuelles de végétalisation restent encore bien trop timides.
Le lien avec mon monde de l’architecture d’intérieur, de la création et l’harmonisation
Entre la sphère privée et la sphère urbaine, il n’y a qu’un pas.
Je retrouve la même problématique dans mon domaine, mon monde d’architecte-d’intérieur, artiste-artisanne, faiseuse d’ambiances harmonieuses.
Les êtres-vivants ont besoin de lien avec la nature, avec le vivant. C’est le lien matriciel, et donc par là, le seul remède.
La nature génère équilibre et harmonie. Et elle a la capacité de nous régénérer.
La modernité de la cité, l’urbanisation galopante a coupé ce lien précieux
La nature est le terreau fertile à la conscience, l’expression et la création. Sans la conscience de celle-ci et un accès constant partout autour de lui, l’homme est incomplet par nature, en dysharmonie, “non-comblé” pour revenir à la citation de Debord.
Il y a l’harmonie chez soi, l’harmonie dans son espace de proximité, et dans l’espace urbain par la présence du vivant, de la nature.
Sans cela, la dysharmonie s’installe, créant du manque, engendrant des absurdités, de l’incohérence et éteignant notre flamme créatrice, vivante et vivifiante.
“Il est absolument vital de redonner de l’espace à la nature dans la cité; sans ce lien naturel, l’homme n’est rien, sinon que l’ombre de lui-même”.



